vendredi 26 août 2011

219 - La folle de l'église

Marinette est une authentique vierge : ennemie jurée du mâle ordinaire et amante fidèle de la statue christique de l'église décrépite de son village.

Avec ses traits franchement ingrats, sa taille fine, sa croupe imposante et sa gorge somptueuse, Marinette enflamme secrètement les sens du vieux curé, fait pitié à certaines épouses, donne envie à d'autres.

Et fait rire quelques moqueurs.

Singulièrement laide de visage nous venons de le dire mais sexuellement irrésistible, elle fait le plus d'effet d'effet aux nombreux ivrognes, quelques puceaux et rares aristocrates que compte le village.

Bref, nul ne reste indifférent au charme troublant qui émane de cette génisse venimeuse.
Vieille fille réellement cruelle mais d'une piété exemplaire, elle chante comme un rossignol à la messe du dimanche, fait longuement agoniser les lapins qu'elle élève dans d'infects clapiers avant de leur sectionner la tête à coups de hache.

Et prie avec une ferveur non feinte.

De sa belle calligraphie régulière et incisive il lui arrive d'envoyer mensuellement des lettres anonymes d'une rare obscénités aux femmes des notables du village. Lettres parfois agrémentées de propos politiques immatures, ineptes et grotesques à destination de leur époux.

Prudente, elle les poste toujours dans différents dépôts postiers du chef-lieu de son département. Ce qui représente pour elle une véritable expédition qu'elle entreprend invariablement en autocar. Ces allers-retours dans la ville-préfecture lui prend une journée entière à chaque fois. Un jour par mois est donc consacré à ce voyage en ville afin d'aller poster ses ordures. 

Une petite affaire qui ne lui pose pas de problème : pensionnée (ou rentière, on ne sait pas trop) Marinette ne travaille pas et a beaucoup de temps à consacrer à elle-même ainsi qu'à empoisonner la vie des autres.

Sa sexualité explosive et perverse qu'elle refoule depuis ses premières règles ressort dans presque tous ses actes et pensées : ses fantasmes dénaturés ne sont plus un secret pour personne.

En fait on ne sait pas si Marinette est belle ou laide. A 38 ans, d'homme elle n'a connu que le Christ en croix qu'elle caresse chaque jour du regard, le pauvre vieux curé de son église à qui elle confesse ses pires rêveries érotiques et le bedeau un peu benêt mais monté comme un âne et qui un jour lui a montré son braquemart sans que celle-ci ne détourne le regard.

Marinette est un ange lorsqu'elle chante le dimanche de sa voix pure, se montre malsaine en compagnie de ses lagomorphes, arbore une silhouette vénusiaque avec ses formes charnelles, incarne le tue-l'amour par excellence à travers sa face disgracieuse.

Elle hante non seulement l'église du village de sa présence à la fois pieuse et indécente mais également l'esprit de bien des mâles en rut, le coeur de plus d'une femme envieuse ou railleuse, les songes libidineux de son curé et les pensées du bedeau qui, aux dernières nouvelles, lui a finalement rendu l'hymen pareil à celui d'une putain avérée, à la grande satisfaction de l'hypocrite qui depuis ce jour, loin de s'assagir, redouble ses crimes cachés.

Désormais, c'est deux jours par mois qu'elle consacre à ses allers-retours au chef-lieu.

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Contre la sclérose des esprits, je propose aimablement ces textes immodestes, cruels, rarement tendres (parfois), mais toujours issus d'une plume soucieuse de froid esthétisme, d'âpre vérité. Ceci afin de rompre agréablement avec les mièvres, inconsistantes, insipides célébrations nuptiales de la Saint-Valentin habituellement en vigueur chez mes frileux contemporains. Les traditionnelles dragées de mariages ont été ici avantageusement remplacées par de savoureux bonbons au poivre. Découvrons sans tarder cette riche brochette de héros provinciaux aux traits psychologiques bien marqués. Issus d'un milieu étriqué, ces personnages pittoresques sont touchants et haïssables, humains et monstrueux, exquis et répugnants. Parmi ces textes divertissants je me suis également permis d'insérer mes réflexions pleines de saine lucidité quant aux rapports des sexes dans notre société de mensonges et de mollesse amoureuses.