lundi 14 février 2011

204 - Une lettre odieuse mais sincère

Mademoiselle,

Soit. Vous n'êtes donc point capable d'aimer dans la clarté d'un coeur habité par l’innocence. Il vous faut intriguer méchamment pour satisfaire votre besoin de déplaire. Comme si votre physique peu flatteur n'y pouvait pas suffire à lui seul, il vous faut encore jouer les acariâtres rosières pour me mieux souffleter… Apprenez, triste pucelle, que votre première gifle reçue fut celle de votre mine sinistre, le jour où elle m'apparut sous la lumière crue de la vérité. Magistrale et sans appel, cette gifle-là résonne durablement. J'en porte les stigmates : votre nom me fait horreur. Il me fait songer à la négation de l'amour et à la misère qui s'y rapporte.

Je ne vous aime pas Mademoiselle. Je me gausse de vous, je ris de votre infortune qui ne me rappelle que trop ma félicité. Oui, je me moque. Je foule d'un pied hautain votre coeur misérable de fille misérable. Je crache avec dédain sur votre front d'amante déchue qui n'a pas eu l'heur de me plaire, moi qui ne cherche en vérité que l'assouvissement de mes instincts de débauché. Vous aviez cru à la tendresse de mon cœur en votre direction, Mademoiselle. Détrompez-vous dès aujourd'hui : je ne convoitais que votre pauvre hymen, n'étais en quête que d'un vil, passager émoi charnel. Je ne cherchais qu'une sombre ivresse entre vos flancs. Accessoirement, à défaut d'accéder à votre alcôve, avec calcul j'ai cherché à atteindre votre âme de vierge à travers mes lettres d'amour. Pour déflorer votre coeur, par dépit de n'avoir pas pu déchirer votre hymen.

Je ne vous aime pas. Vous n'êtes qu'une pauvre dupe, un jouet entre mes mains, une poupée de chiffon malléable, un pantin que je puis casser selon mon gré. Souffrez donc tout votre soûl, pitoyable chose que vous êtes ! Je ne serai pas là pour récolter vos sanglots stériles.

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Contre la sclérose des esprits, je propose aimablement ces textes immodestes, cruels, rarement tendres (parfois), mais toujours issus d'une plume soucieuse de froid esthétisme, d'âpre vérité. Ceci afin de rompre agréablement avec les mièvres, inconsistantes, insipides célébrations nuptiales de la Saint-Valentin habituellement en vigueur chez mes frileux contemporains. Les traditionnelles dragées de mariages ont été ici avantageusement remplacées par de savoureux bonbons au poivre. Découvrons sans tarder cette riche brochette de héros provinciaux aux traits psychologiques bien marqués. Issus d'un milieu étriqué, ces personnages pittoresques sont touchants et haïssables, humains et monstrueux, exquis et répugnants. Parmi ces textes divertissants je me suis également permis d'insérer mes réflexions pleines de saine lucidité quant aux rapports des sexes dans notre société de mensonges et de mollesse amoureuses.