lundi 14 février 2011

195 - La fleur et le sang

Je ne suis pour toi qu'un astre obscur et vaguement importun qui passe dans ta vie. Tu voudrais que je t'oublie. Je ne parviens cependant pas à tirer un trait sur ton visage, sur tes sourires doux et pénétrants, sur tes yeux grands ouverts qui savaient si bien m'enchanter.

Laisse-moi au moins la liberté de t'aimer selon mon évangile Sandrine. Car enfin, je t'aime comme un trouvère, comme un diable, comme un mort. Je te chante un amour dolent, vain et macabre. Dolent parce que je suis un malade de la cause. Vain pour la raison que c'est encore plus beau ainsi. Et macabre pour mieux en rire. C'est donc un amour qui vaut.

Je rêve de tes lèvres refermées sur mes lèvres. Notre baiser, comme un voile pudique aux yeux du monde, dissimulerait de ténébreuses et moites étreintes. Nos lèvres unies par un pacte implicite et furieux se chercheraient querelle. Je boirais ton haleine Sandrine. Je plongerais mon souffle jusqu'au fond de ce puits de fièvre et de soupirs pour mieux me rafraîchir d'amour, me brûler de désir. Nos baisers échangés seraient le miel et le fiel tout à la fois de cet hyménée sauvage et barbare.

Je t'aime Sandrine ma belle souffrance, mon cher blasphème. Tu es mon étoile cruelle. Je brûle pour toi, pour tes lèvres que tu ne m'as jamais offertes, pour tes yeux d'hier, pour ta haine d'aujourd'hui, pour tes larmes futures, pour ton éclat lointain, pour ce poignard imaginaire dans ta main assassine, pour ton coeur sans fruit, pour ton chagrin versé au nom de rien. Je t'aime pour tes crachats sur mon visage, pour tes sourires devinés au téléphone. Je t'aime pour ton corps livré aux flammes du plaisir. Je t'aime pour les mots de vipère que tu ne dis pas mais que tu penses.

Je baise ta main traîtresse, ton pied perfide, tes lèvres venimeuses, mais aussi ton front couronné d'épines, ton coeur crevé, ta joue salée. Je baise le caillou perdu, la pierre jetée, l'étoile filante que tu es, et la Lune méchante que tu seras.

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Contre la sclérose des esprits, je propose aimablement ces textes immodestes, cruels, rarement tendres (parfois), mais toujours issus d'une plume soucieuse de froid esthétisme, d'âpre vérité. Ceci afin de rompre agréablement avec les mièvres, inconsistantes, insipides célébrations nuptiales de la Saint-Valentin habituellement en vigueur chez mes frileux contemporains. Les traditionnelles dragées de mariages ont été ici avantageusement remplacées par de savoureux bonbons au poivre. Découvrons sans tarder cette riche brochette de héros provinciaux aux traits psychologiques bien marqués. Issus d'un milieu étriqué, ces personnages pittoresques sont touchants et haïssables, humains et monstrueux, exquis et répugnants. Parmi ces textes divertissants je me suis également permis d'insérer mes réflexions pleines de saine lucidité quant aux rapports des sexes dans notre société de mensonges et de mollesse amoureuses.