lundi 14 février 2011

181 - De chair et de pierre

Mademoiselle la chartraine,

Je vous veux tout en misère, parée de votre seule pauvreté, telle une mendiante à la semelle percée. Là est votre gitane beauté. Vous toisez les princes, imitez le rire des anges, faites chanter le vent dans vos cheveux. Et lorsque vos soupirants vous jouent de la viole, vous ne croyez pas en leurs mensonges.

Pauvre et cruelle, déshéritées et indomptable, femme et sans cœur… Belle dans votre sécheresse. Séduisante dans votre aridité. Un caillou dans le désert.

Vos yeux ont la dureté des pierres, la douceur des prières. Vos mots la légèreté de l’air, le poids de l’airain. Et votre cœur a la froideur des statues, la tendresse des affligées. Vous êtes de marbre et de sel, de sable et de granit, de roc et de nuages.

Dans le bleu de vos yeux je lis le bleu de Chartres, sur vos lèvres le sourire d’une gargouille, sur votre front la façade de la cathédrale chartraine.

Et dans votre cœur sa flèche.

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Contre la sclérose des esprits, je propose aimablement ces textes immodestes, cruels, rarement tendres (parfois), mais toujours issus d'une plume soucieuse de froid esthétisme, d'âpre vérité. Ceci afin de rompre agréablement avec les mièvres, inconsistantes, insipides célébrations nuptiales de la Saint-Valentin habituellement en vigueur chez mes frileux contemporains. Les traditionnelles dragées de mariages ont été ici avantageusement remplacées par de savoureux bonbons au poivre. Découvrons sans tarder cette riche brochette de héros provinciaux aux traits psychologiques bien marqués. Issus d'un milieu étriqué, ces personnages pittoresques sont touchants et haïssables, humains et monstrueux, exquis et répugnants. Parmi ces textes divertissants je me suis également permis d'insérer mes réflexions pleines de saine lucidité quant aux rapports des sexes dans notre société de mensonges et de mollesse amoureuses.