lundi 14 février 2011

173 - Un élogieux outrage

Madame,

Puisqu'une circonstance aussi impérieuse que votre coeur de femme hier offensé, presque brisé, exige que je m'amende, je me plie sans faillir à mon devoir d'honnête homme, plus galant que mondain et moins injurieux que je ne le fus l'autre jour, soyez-en persuadée. C'est avec une joie exempte de malice que je m'acquitte ici de ma dette. Je vous répéterai donc mes mots d'amour en des termes plus chastes, ceux de ma précédente missive vous ayant à ce point déplu.

Je vous aime avec coeur certes, et c'est bien sot de le dire. Mais je vous aime aussi avec manières, avec caprices, avec artifices. C'est l'amour ludique, joyeux, léger. Accédez à ma joie.

Je vous aime encore avec mensonge, avec noirceur, avec cruauté, et c'est l'amour diabolique, méchant, pervers. Acceptez mes défauts.

Je vous aime aussi avec un cierge naissant à la place du coeur et c'est pourtant l'amour outrageant, éhonté, profane. Agréez à mes prières.

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Contre la sclérose des esprits, je propose aimablement ces textes immodestes, cruels, rarement tendres (parfois), mais toujours issus d'une plume soucieuse de froid esthétisme, d'âpre vérité. Ceci afin de rompre agréablement avec les mièvres, inconsistantes, insipides célébrations nuptiales de la Saint-Valentin habituellement en vigueur chez mes frileux contemporains. Les traditionnelles dragées de mariages ont été ici avantageusement remplacées par de savoureux bonbons au poivre. Découvrons sans tarder cette riche brochette de héros provinciaux aux traits psychologiques bien marqués. Issus d'un milieu étriqué, ces personnages pittoresques sont touchants et haïssables, humains et monstrueux, exquis et répugnants. Parmi ces textes divertissants je me suis également permis d'insérer mes réflexions pleines de saine lucidité quant aux rapports des sexes dans notre société de mensonges et de mollesse amoureuses.