lundi 14 février 2011

171 - Les leçons de frère Vertu

Frère Vertu était un moine de grande renommée, alors même qu'il avait fait voeu d'humilité. Depuis qu'il était entré au monastère, la population locale des alentours avait sensiblement augmenté. Le registre des naissances des paroisses voisines de l'abbaye sont là pour le confirmer. Il faut dire que frère Vertu était monté comme un bourriquot. Presque toutes les vierges et les épouses frustrées de la contrée venaient lui rendre visite. En vérité et comme on peut s'en douter, ces dévotes femelles venaient surtout se faire dignement culbuter la matrice par le bon moine. Ces visites répétées au monastère étaient une source de grande fierté pour le Père Abbé qui voyait là un signe de piété populaire bien rassurant.

Frère Vertu buvait comme un paillard, ce qui n'était pas pour déplaire à certaines gueuses qu'il fourrait infatigablement. Les rares Marquises qui le côtoyaient appréciaient quant à elles son goût pour les choses de la culture et de l'esprit : frère Vertu était le seul moine à des lieues à la ronde qui pouvait tout à la fois combler de femelles cavités et clamer des vers de Racine appris par coeur puis réciter sur un ton monotone des versets du Coran. Précisons bien : cela toujours en besognant copieusement et sans relâche ses illustres auditrices. Les Marquises ont de ces exigences...

Certaines débauchées aimaient désigner frère Vertu par de doux sobriquets : Foutracouille-le-Tondu, Tricaille-Gueuses ou encore Queue-d'âne-la-Bure.

Un jour un de ces charmants surnoms parvint fortuitement jusqu'à l'oreille du Père Abbé.

- Frère Vertu, je me suis laissé dire que Madame la Marquise de la Haute-Brissonnière vous appelait mon "Grand-Pieux-Enfileur-de-Cul". Que signifie cette diablerie mon fils ?

- Mon Père, cela signifie tout simplement que Madame la Marquise de la Haute-Brissonnière s'est recommandée à moi sous le sceau de la confession. J'ai apaisé la fièvre impie de son âme, calmé les battements impurs de son coeur, assouvi les élans dénaturés de sa chair, mis un terme au feu de ses flancs corrompus. Vous avez dû mal entendre mon Père. Heureuse d'être régulièrement délivrée de ses démons par la grâce de mes incessantes interventions, cette sainte femme aime m'appeler affectueusement son "grand et pieux fils au coeur de vertu". Et non comme vous l'avez cru son "Grand-Pieux-Enfileur-de-Cul".

- En d'autres termes mon fils, vous lui avez fait goûter aux vertus monastiques de votre indéfectible piété ?

- C'est cela mon Père.

- Bien ! En ce cas mon fils vous allez me raffermir les âmes quelque peu amollies d'une congrégation de bonnes soeurs en visite dans notre monastère. Mère Marie-Thérèse de la Conception et ses filles auraient bien besoin que vous leur donniez à toutes une bonne leçon de ferveur. Expérimenté comme vous l'êtes, je suis persuadé que vous pourrez faire un petit miracle. Allez mon fils, allez sans tarder défendre auprès des soeurs votre réputation de "grand et pieux fils au coeur de vertu !"

C'est ainsi qu'en autres exploits d'alcôves, le moine au phallus d'airain réalisa l'ultime prouesse de s'enfiler, à la barbe du Père Abbé, toute une congrégation de jeunes et jolies bonnes soeurs en pleine furie utérine.

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Contre la sclérose des esprits, je propose aimablement ces textes immodestes, cruels, rarement tendres (parfois), mais toujours issus d'une plume soucieuse de froid esthétisme, d'âpre vérité. Ceci afin de rompre agréablement avec les mièvres, inconsistantes, insipides célébrations nuptiales de la Saint-Valentin habituellement en vigueur chez mes frileux contemporains. Les traditionnelles dragées de mariages ont été ici avantageusement remplacées par de savoureux bonbons au poivre. Découvrons sans tarder cette riche brochette de héros provinciaux aux traits psychologiques bien marqués. Issus d'un milieu étriqué, ces personnages pittoresques sont touchants et haïssables, humains et monstrueux, exquis et répugnants. Parmi ces textes divertissants je me suis également permis d'insérer mes réflexions pleines de saine lucidité quant aux rapports des sexes dans notre société de mensonges et de mollesse amoureuses.