lundi 14 février 2011

170 - L'abbé Pérrin

Il était une fois un curé de campagne bossu et pervers qui engrossait régulièrement ses ouailles. L'abbé Perrin était un "homme de nature", comme on dit. Son caractère était bien trempé, bien que son corps fût contrefait. Il aimait la bonne chère, les femmes, à peu près toutes les femmes, le vin, du plus aigre au plus fin, les jeux de hasard, du plus minable au plus dispendieux, et même disait la rumeur, les hommes bien montés. Bref, l'abbé Pérrin était un vrai débauché, un digne disciple de Casanova et de Sade réunis.

Souvent il revenait de ses excursions douteuses tard le soir, parfaitement ivre. Sa jeune bonne en payait généralement les frais, elle qui était belle et vertueuse comme une Vierge Sainte. Il la troussait sur-le-champ pour la saillir sur le pas de la porte du presbytère sans autre forme de procès. Il était fréquent que des passants vissent les ébats éhontés du prêtre qui ne se cachait d'ailleurs nullement. Il semblait même être particulièrement fier de ses publiques et acrobatiques prouesses... L'abbé Perrin était un authentique paillard, on devait au moins lui reconnaître cette qualité.

Le bossu impie rendait toujours visite à ses plus jolies protégées après la grand-messe du dimanche. Sans doute les vertus toniques du vin de messe que l'abbé absorbait avec une piété toute chrétienne... C'est que le curé pratiquait avec un rare scrupule la charité sur sa propre personne. Il avait au moins le sens de lui-même, à défaut d'avoir le sens de l'autre. Les plus laides de ses ouailles quant à elles se faisaient culbuter directement à confesse. L'abbé était esthète : il se réservait les plus jolis morceaux pour les fêtes. Pâques, Noël, noces, enterrements... Aux funérailles il consolait les belles éplorées. Aux mariages il exerçait son droit de cuissage sur les épousées, les déflorant au passage s'il avait omis de le faire au temps de leur communion, soit pour raison de décence à cause de leur puérilité, soit pour raison de goût, préférant les charnelles aux fluettes. Le bossu avait une solide morale. Aux jours de grandes fêtes, il besognait volontiers les Marquises, les Comtesses et quelques châtelaines. C'est qu'il avait du goût l'abbé.

A sa mort on sonna le glas dans toute la contrée : il avait tant essaimé, tant forcé de passages secrets que nulle pécheresse ne pouvait ne pas revendiquer avoir reçu au moins une fois l'hommage de son grand et fécond bâton de pèlerin, pour certaines dans le temple interdit, pour d'autres dans le vase naturel selon qu'elles furent belles ou laides.

On peut dire qu'il avait vraiment la bosse dure, l'abbé Pérrin.

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Contre la sclérose des esprits, je propose aimablement ces textes immodestes, cruels, rarement tendres (parfois), mais toujours issus d'une plume soucieuse de froid esthétisme, d'âpre vérité. Ceci afin de rompre agréablement avec les mièvres, inconsistantes, insipides célébrations nuptiales de la Saint-Valentin habituellement en vigueur chez mes frileux contemporains. Les traditionnelles dragées de mariages ont été ici avantageusement remplacées par de savoureux bonbons au poivre. Découvrons sans tarder cette riche brochette de héros provinciaux aux traits psychologiques bien marqués. Issus d'un milieu étriqué, ces personnages pittoresques sont touchants et haïssables, humains et monstrueux, exquis et répugnants. Parmi ces textes divertissants je me suis également permis d'insérer mes réflexions pleines de saine lucidité quant aux rapports des sexes dans notre société de mensonges et de mollesse amoureuses.