lundi 14 février 2011

166 - Belle et chaste

C'était un adorable démon, une vierge belle comme l'enfer. Malheureusement, elle était très sotte, extrêmement pieuse, d'une chasteté exemplaire, maladivement versée dans les chants de messe. Cela dit, elle vocalisait comme un rossignol. A la messe elle attirait les mâles corrupteurs de la paroisse, non que sa voix céleste provoquât de sincères conversions chez ces âmes égarées, ses femelles courbes rivalisant simplement de grâces avec la statue mariale qui trônait à l'entrée de l'église.

Avait-elle conscience de sa venimeuse beauté ? Sa sottise abyssale la rendait hermétique aux compliments continuels de ses prétendants. On lui parlait de son corsage, elle répondait par des versets bibliques. On lui faisait des promesses de menteurs, elle s'attendait à des neuvaines. Bref, elle avait une cour d'amoureux éconduits, indifférente devant leur dépit.

Les garçons, la fièvre au corps, se moquaient bien de sa stupidité. Ils ne voyaient que ses yeux de biche, sa jupe brève, ses mises échancrées. C'est que dans son insondable bêtise la belle allait à confesse vêtue comme une catin. Elle ressortait du confessionnal après y avoir laissé ses péchés véniels, plus désirable que jamais. Délivrée de ses mauvaises actions imaginaires, elle dansait de joie en revenant de l'église : sa jupe se relevait, son corsage se dénouait, sa croupe se courbait... Ca jasait derrière les carreaux sales, bien qu'on la sût irrémédiablement bigote.

Les séducteurs bredouilles ne lui pardonnèrent jamais sa dévote conduite. Ils se consolèrent dans des bras moins flatteurs, contre des girons moins glorieux, entre des flancs plus communs. Ils ne se remirent jamais de leurs frustrations.

C'est ainsi que la vestale fit le malheur de ses soupirants.

Finalement elle devint bonne soeur.

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Contre la sclérose des esprits, je propose aimablement ces textes immodestes, cruels, rarement tendres (parfois), mais toujours issus d'une plume soucieuse de froid esthétisme, d'âpre vérité. Ceci afin de rompre agréablement avec les mièvres, inconsistantes, insipides célébrations nuptiales de la Saint-Valentin habituellement en vigueur chez mes frileux contemporains. Les traditionnelles dragées de mariages ont été ici avantageusement remplacées par de savoureux bonbons au poivre. Découvrons sans tarder cette riche brochette de héros provinciaux aux traits psychologiques bien marqués. Issus d'un milieu étriqué, ces personnages pittoresques sont touchants et haïssables, humains et monstrueux, exquis et répugnants. Parmi ces textes divertissants je me suis également permis d'insérer mes réflexions pleines de saine lucidité quant aux rapports des sexes dans notre société de mensonges et de mollesse amoureuses.