lundi 14 février 2011

165 - Du trottoir au couvent

C'était une mauvaise mère, une médiocre épouse, une excellente putain. Elle aimait surtout le vice, la mollesse, l'argent facile. Et les amants éphémères soumis à ses tarifs.

Elle n'inspirait que répulsion chez les honnêtes gens, mais était très appréciée des voyous, des débauchés et des notaires, ses réguliers clients.

Elle détestait la vertu, haïssait la décence, adorait son curé. En effet, la piété la plus profonde était le grand paradoxe de sa personnalité. C'était une sainte putain. Ou plutôt une putain sainte. Elle partageait son temps entre piliers d'églises et réverbères.

Un jour elle fut touchée par la grâce. Elle commença alors par ne plus faire payer ses clients les plus assidus. Seulement les oiseaux de passages. Puis très vite elle finit par devenir la maîtresse des sans-le-sou. Elle avait commencé par aimer l'argent, elle avait fini par aimer les hommes.

Elle quitta son foyer, renia sa famille, abandonna époux et enfant pour finir ses jours dans un couvent où nul ne la revit plus jamais.

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Contre la sclérose des esprits, je propose aimablement ces textes immodestes, cruels, rarement tendres (parfois), mais toujours issus d'une plume soucieuse de froid esthétisme, d'âpre vérité. Ceci afin de rompre agréablement avec les mièvres, inconsistantes, insipides célébrations nuptiales de la Saint-Valentin habituellement en vigueur chez mes frileux contemporains. Les traditionnelles dragées de mariages ont été ici avantageusement remplacées par de savoureux bonbons au poivre. Découvrons sans tarder cette riche brochette de héros provinciaux aux traits psychologiques bien marqués. Issus d'un milieu étriqué, ces personnages pittoresques sont touchants et haïssables, humains et monstrueux, exquis et répugnants. Parmi ces textes divertissants je me suis également permis d'insérer mes réflexions pleines de saine lucidité quant aux rapports des sexes dans notre société de mensonges et de mollesse amoureuses.