lundi 14 février 2011

162 - Une jeune fille honnête

Elle était d'une piété affectée, dogmatique, pontifiante. Elle montrait publiquement sa sainte répulsion pour les hommes, ne manquant jamais une occasion de se signer devant les frivoles railleurs (qui étaient tous des gaillards ne dédaignant pas la cuisse et le giron), façon pour elle de conjurer avec une ostentation bien appuyée les effets qui pourraient corrompre sa chair. Bref, elle ne jurait que par la vertu, l'honnêteté, la continence. On la savait obnubilée par la chasteté.

Suspecte obsession... En réalité c'était une lascive, une débauchée, une vraie diablesse. Hypocrite et infecte. Le jour elle maudissait tout haut les mâles séducteurs, les vouant à la géhenne devant moult témoins, la nuit elle les réclamait avec rage et furie, la braise au corps, le vice dans le sang.

Elle rejoignait alors sa chère église et là, sous le clocher elle se faisait nocturnement saillir par Monsieur le curé qui était encore assez bon pour venir à une heure si indue lui éteindre son petit enfer...

Le lendemain, c'était comme s'il ne s'était rien passé. La dévote adoptait ses attitudes fielleuses de petite pieuse tandis que le pauvre curé était pris d'une surprenante amnésie au point de ne jamais faire la moindre allusion à l'extinction de son femelle brasier.

Respectable avec les notables, putain avec son curé, fausse avec les garçons, la bigote était une fieffée canaille. Assidue aux messes, absente aux noces, ne sortant jamais au grand jour en douteuse compagnie, elle passait encore pour une sainte dans son village. Mais seulement aux yeux des vieilles hanteuses d'églises, qui elles aussi furent jeunes, dévotes et insomniaques.

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Contre la sclérose des esprits, je propose aimablement ces textes immodestes, cruels, rarement tendres (parfois), mais toujours issus d'une plume soucieuse de froid esthétisme, d'âpre vérité. Ceci afin de rompre agréablement avec les mièvres, inconsistantes, insipides célébrations nuptiales de la Saint-Valentin habituellement en vigueur chez mes frileux contemporains. Les traditionnelles dragées de mariages ont été ici avantageusement remplacées par de savoureux bonbons au poivre. Découvrons sans tarder cette riche brochette de héros provinciaux aux traits psychologiques bien marqués. Issus d'un milieu étriqué, ces personnages pittoresques sont touchants et haïssables, humains et monstrueux, exquis et répugnants. Parmi ces textes divertissants je me suis également permis d'insérer mes réflexions pleines de saine lucidité quant aux rapports des sexes dans notre société de mensonges et de mollesse amoureuses.