lundi 14 février 2011

153 - Conceptions dogmatiques

- Suivi matrimonial après le mariage chrétien -

A l'issue de la première année de mariage le bon prêtre attendra l'enfant né afin de le baptiser au plus tôt, de crainte que sa petite âme ne s'envole sans avoir reçu préalablement le prime sacrement. Le mal étant surtout, non pas de voir le fruit d'un chrétien accouplement périr dans une longue agonie à cause de quelque péché antérieur dont se seraient rendus coupables les parents, mais bien de laisser partir une âme innocente aux enfers.

Si l'enfant meurt dès la sortie du flanc nourricier, le mari n'attendra pas pour engrosser de nouveau son épouse, afin de remplacer le fruit trop tôt tombé. Il le fera également pour la raison essentielle qu'il ne faut pas laisser sans semence, comme une jachère, un ventre jeune encore capable d'engendrer des fruits de Dieu. Un bon chrétien se doit, tant que son épouse demeure vigoureuse, lui faire honneur au moins une fois l'an. On ne saurait à ce sujet trop louer les honnêtes époux qui, dès que leur épouse a enfanté, par quinze, voire vingt fois de suite rendent hommage à leur aimée. Heureuse la famille de Dieu aux membres plus nombreux que les doigts de la main !

Durant le travail des champs la femme grosse ne prétextera point d'être en délicate condition pour se soustraire aux peines : ces dernières sont inhérentes à la condition humaine et nul ne doit, ne peut s'y dérober. Sous aucune condition. Parfois il advient que l'enfant naisse aux champs. C'est un bien. La larve humaine respirera ainsi les senteurs de la terre, et celles-ci feront de l'enfant un vaillant croquant, s'il parvient à l'âge puéril sans trop de peine toutefois.

Un ventre sain doit toujours être plein (décret clérical de l'Église Nouvelle). La femme grosse doit s'éveiller aux aurores, afin de ne point mettre au monde un oisif. La femme sur le point de se séparer de son fruit doit en avertir le curé, au cas ou l'être à peine achevé qu'elle mettrait au monde serait débile et sur le point de rendre l'âme, et ce afin qu'il reçoive dans les temps le ministère de Dieu.

Si malgré sa débile constitution l'enfant survit jusqu'aux premières années de l'âge puéril, il n'échappera point aux labours des champs pour autant, surtout s'il est issu d'une famille pauvre et honnête. Soit que ses membres tordus ou que son esprit possédé par le démon de la folie l'empêchent de prendre part avec raison aux travaux des champs, soit que ses pensées infirmes le jettent par les chemins sans que raison ne puisse le résoudre à abandonner ses étranges desseins, on le contraindra par la force à rentrer dans les rangs. Si besoin est, on l'attellera directement à la charrue, aux cotés des bêtes de somme. On l'enchaînera ainsi tout le jour, depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher. Tant qu'il ne se résoudra pas, par sa propre volonté, à dépasser sa constitution débile infligée par la nature, à se forcer, et ainsi à contraindre les forces naturelles à rentrer dans les normes, on demeurera inflexible. Les enfants débiles nés d'unions légitimes se reproduiront entre eux. Les autres, ceux issus d'une union entachée de péché ou bien nés de viol du fait de guerre, ne pourront pas se reproduire, même entre eux. Les bâtards, quant à eux, jouiront, pourvu qu'ils soient baptisés, des mêmes droits en matière matrimoniale que les nègres des colonies. Ils pourront se reproduire avec ces derniers, donnant des fruits aptes au baptême.

Dès la sortie de l'âge puéril, vers 8 ou 9 ans, l'enfant entrera en apprentissage dans la fonction que ses géniteurs auront choisie pour lui. Il y demeurera jusqu'à l'âge de procréer à son tour. Les mauvais sujets endureront les châtiments ordinaires en usage dans chaque catégorie ou corps de métier : les coups de lanières chez le bon laboureur, les pénitences chez le pieux prêtre qui aura pris un enfant à son service, les privations de nourriture chez l'aubergiste... etc. Par temps de guerre on réservera les plus résistants des commis au gros des troupes. Les autres, prieront la charrue au poing ou la fourche à la main pour que la Sainte Église sorte vainqueur de la guerre, et qu'elle écrase les hérétiques avec toute la rigueur biblique requise.

Rendez grâce à l'Église et témoignez du bonheur d'être chrétien. La vie est si belle sous l'autorité cléricale.

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Contre la sclérose des esprits, je propose aimablement ces textes immodestes, cruels, rarement tendres (parfois), mais toujours issus d'une plume soucieuse de froid esthétisme, d'âpre vérité. Ceci afin de rompre agréablement avec les mièvres, inconsistantes, insipides célébrations nuptiales de la Saint-Valentin habituellement en vigueur chez mes frileux contemporains. Les traditionnelles dragées de mariages ont été ici avantageusement remplacées par de savoureux bonbons au poivre. Découvrons sans tarder cette riche brochette de héros provinciaux aux traits psychologiques bien marqués. Issus d'un milieu étriqué, ces personnages pittoresques sont touchants et haïssables, humains et monstrueux, exquis et répugnants. Parmi ces textes divertissants je me suis également permis d'insérer mes réflexions pleines de saine lucidité quant aux rapports des sexes dans notre société de mensonges et de mollesse amoureuses.