lundi 14 février 2011

127 - La crémière phallocrate

Elle était laide, méchante, sotte, très douée pour les arts martiaux, incapable d'élever des enfants, excellente dans la pratique quotidienne de la cruauté, médiocre à la pêche à la ligne. Enfin elle ne pesait guère plus que le tiers d'un quintal, ce qui ne fait pas très lourd. Et pour cause : elle était chétive. La crémière avait tout de la vieille fille osseuse acariâtre aux doigts calleux.

Détail étrange : elle portait aux nues les hommes bien montés, bien qu'elle fût chaste, superstitieuse. D'une piété maladive, hypocrite et malsaine. Elle ne jurait que par la domination masculine. Un jour le fils du châtelain, oisif pédant et inutile à la main lisse proposa à la crémière d'enfiler ses gants blancs avec mépris avant de la besogner charitablement (il avait pitié de cette gueuse délaissée), puis de cracher sur ses fromages pour se donner un genre, avant de repartir l'âme légère d'avoir pu faire une si belle, si mâle action...

La vile ne refusa point l'odieux marché. Elle perdit avec grande joie son honneur entre fromages de chèvres et lait caillé. Lui, gagna l'estime du laideron qui pour le récompenser lui glissa deux ou trois fromages secs dans la poche. Le lendemain le galant mourut d'une mystérieuse maladie.

Nul ne décela dans les fromages de la "belle" un léger parfum de sortilège...

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Contre la sclérose des esprits, je propose aimablement ces textes immodestes, cruels, rarement tendres (parfois), mais toujours issus d'une plume soucieuse de froid esthétisme, d'âpre vérité. Ceci afin de rompre agréablement avec les mièvres, inconsistantes, insipides célébrations nuptiales de la Saint-Valentin habituellement en vigueur chez mes frileux contemporains. Les traditionnelles dragées de mariages ont été ici avantageusement remplacées par de savoureux bonbons au poivre. Découvrons sans tarder cette riche brochette de héros provinciaux aux traits psychologiques bien marqués. Issus d'un milieu étriqué, ces personnages pittoresques sont touchants et haïssables, humains et monstrueux, exquis et répugnants. Parmi ces textes divertissants je me suis également permis d'insérer mes réflexions pleines de saine lucidité quant aux rapports des sexes dans notre société de mensonges et de mollesse amoureuses.