lundi 14 février 2011

119 - Le curé Descouilles

L'abbé Descouilles était burné comme un boeuf, c'est dire le trésor d'eunuque qu'il cachait sous sa soutane... Chez la Marquise Déculade l'abbé Descouilles faisait merveille, vu que la noble dame en connaissait plus long sur les mystères de ses missels que sur ceux de l'anatomie virile. Et pendant que l'abbé s'entretenait chastement avec la marquise, le jardinier du château s'en donnait à coeur joie avec la bonniche : au verger, avec abnégation ils se démenaient pour ramasser tomates et salades, désherber, arranger, ordonner, et ce afin que madame la marquise pût être fière de son jardinier et de sa servante.

Le jardinier et la bonne à force d'ardeur finirent plus tôt que prévu leur labeur. Et, pénétrant à l'improviste dans le salon du château, surprirent leur maîtresse à califourchon sur un tabouret et derrière elle l'abbé à genoux, toutes fesses dehors...

Le scandale n'eut point lieu.

Après une brève explication les deux serviteurs se rendirent compte de leur confusion. En fait la Marquise était en prière, ainsi que le prêtre. Ce dernier, victime d'une lourde myopie, avait oublié ses lunettes au presbytère. Et dans son empressement à recevoir dignement la confession de la pécheresse, s'était trompé de sens dans sa posture pieuse. Si bien qu'au lieu de lui faire face à genoux, il s'était mis derrière elle. Par malchance, en se baissant à la hauteur de son ouaille, les coutures de son pantalon s'étaient déchirées (chose qui arrive, même aux abbés), ce qui fait qu'au moment-même où les deux domestiques entrèrent, ils trouvèrent la Marquise Déculade et l'abbé Descouilles en infâme posture. Mais seulement dans les apparences, heureusement...

C'est du moins l'explication que leur donnèrent les "coupables".

Mais curieusement à la suite de cet étrange incident on vit de plus en plus souvent le prêtre se rendre chez la marquise sans ses lunettes.

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Contre la sclérose des esprits, je propose aimablement ces textes immodestes, cruels, rarement tendres (parfois), mais toujours issus d'une plume soucieuse de froid esthétisme, d'âpre vérité. Ceci afin de rompre agréablement avec les mièvres, inconsistantes, insipides célébrations nuptiales de la Saint-Valentin habituellement en vigueur chez mes frileux contemporains. Les traditionnelles dragées de mariages ont été ici avantageusement remplacées par de savoureux bonbons au poivre. Découvrons sans tarder cette riche brochette de héros provinciaux aux traits psychologiques bien marqués. Issus d'un milieu étriqué, ces personnages pittoresques sont touchants et haïssables, humains et monstrueux, exquis et répugnants. Parmi ces textes divertissants je me suis également permis d'insérer mes réflexions pleines de saine lucidité quant aux rapports des sexes dans notre société de mensonges et de mollesse amoureuses.