vendredi 26 août 2011

222 - Les bondieuseries de Marguerite-la-Pieuse

Marguerite est une grande autruche plate de quarante ans qui va à la messe tous les dimanches.

Vierge, superstitieuse, toujours propre sur elle, bête, vertueuse, fière, travailleuse, elle est avant tout fascinée par les crucifix, allant jusqu'à agencer ses carottes, navets et petits pains -savamment coupés- en formes de croix dans son assiette.

Autant dire en formes phalliques.

Horrifiée par le plaisir sexuel, Marguerite s'est réfugiée depuis ses premières règles dans la plus perverse des bigoteries.

Lourdes est sa passion officielle, le phallus énorme de monsieur le curé(qu'elle devine sous la soutane) son véritable objet de culte.

Elle maudit les hommes, chérit la grande croix de son église, exècre les fringants gendarmes, abhorre les femmes mariées, adore son petit dieu d'acier qui danse sur ses seins flasques et stériles au rythme de ses petits pas secs de vieille rosière haineuse.

Marguerite-la-Pieuse aimerait et détesterait tout à la fois avoir un énorme pieu de chair entre ses flancs de femelle inféconde.

En cachette Marguerite aime rayer avec sa petite croix les noms des morts du village qu'elle a connus dans le livre du souvenir entreposé à l'entrée du cimetière... D'une des quatre pointes de son crucifix elle déchire consciencieusement le papier afin de profaner les noms des défunts avec qui elle avait entretenu d'excellentes relations, jadis.

Innocente perversité de bigote rongée par le feu utérin...

Et fantasme chaque nuit sur ses pires ennemis, c'est à dire, pour être exact : le fils de monsieur le maire, le garde-champêtre, le jardinier de la châtelaine ainsi que le frère de l'instituteur, tous membrés comme des ânes à ce qu'il paraît. Du moins d'après les rumeurs du bistrot qu'elle est pourtant censée de jamais fréquenter... Le curé, joliment pourvu lui aussi fait exception puisqu'elle le déteste et l'adore en même temps. Avec lui c'est ami-ennemi, miel-piment, acide-amer et pour tout dire fleur-fumier. C'est que Marguerite est une nature bien tranchée, entre profonde sottise et hargne extrême.

Cette quarantenaire stupide collectionne avec frénésie tout ce que Lourdes et le monde peuvent produire de hideux.
Chez elle ça pue le formol, la mort et la naphtaline. Dans sa bibliothèque, des livres pleins d'affligeantes niaiseries avec des illustrations d'un total mauvais goût côtoient les oeuvres les plus révoltantes de Sade. On y trouve également d'effarantes inepties écrites par des inconnus édités chez "La Pensée Universelle". Sous ce monceau d'hérésies livresques s'accumulent des boites remplies de répugnantes bondieuseries faites de plastique et de toc.
Marguerite dort la porte fermée à double tour.

Dans son antre bien clos dédié à l'honnêteté, on peut y croiser le fils de monsieur le maire mais aussi le jardinier de madame la châtelaine. A bien y regarder on y reconnaît également le frère de l'instituteur et le garde-champêtre... Quatre ennemis bien alignés sous le lit !

Sous forme de poupées rageusement confectionnées par ses soins.

Semblables à ces Vierges en plastique venues de Lourdes pour trôner sur des postes de télévision ou hanter les salons indigents.

A ce détail près que ces petits messieurs de bois et de chiffons sont d'outrancières effigies sexuelles.

Et sous son oreiller, le plus haut-placé de ses cinq chères, furieuses, authentiques obsessions-détestations...

Monsieur le curé !
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Contre la sclérose des esprits, je propose aimablement ces textes immodestes, cruels, rarement tendres (parfois), mais toujours issus d'une plume soucieuse de froid esthétisme, d'âpre vérité. Ceci afin de rompre agréablement avec les mièvres, inconsistantes, insipides célébrations nuptiales de la Saint-Valentin habituellement en vigueur chez mes frileux contemporains. Les traditionnelles dragées de mariages ont été ici avantageusement remplacées par de savoureux bonbons au poivre. Découvrons sans tarder cette riche brochette de héros provinciaux aux traits psychologiques bien marqués. Issus d'un milieu étriqué, ces personnages pittoresques sont touchants et haïssables, humains et monstrueux, exquis et répugnants. Parmi ces textes divertissants je me suis également permis d'insérer mes réflexions pleines de saine lucidité quant aux rapports des sexes dans notre société de mensonges et de mollesse amoureuses.